SE MARIER TRÈS JEUNE

© Jacques et Claire Poujol, Conseillers Conjugaux et Familiaux. Pages extraites de leur livre « Vivre à deux – bien communiquer, gérer les conflits », Empreinte Temps Présent, 2012. Disponible sur le site de la librairie 7ici ou par mail.

 

Se marier jeune, même si c’est moins fréquent de nos jours, peut sembler passionnant et romantique ; hélas, le nombre des divorces est très élevé parmi les couples juvéniles, que le psychanalyste Tony Anatrella (Interminables adolescences, Cerf-Cujas) nomme « les bébés-couples ».

Pourquoi s’unissent-ils si jeunes ?

Souvent c’est pour fuir une ambiance familiale jugée invivable ; ils voient leurs parents se séparer ou se disputer, et se marier leur semble un moyen de « réparer » l’échec de leurs parents et de réussir là où ils ont échoué. Un enfant, quel que soit son âge, cherche toujours à être le thérapeute de ses parents.

Ou bien, la relation amoureuse est leur antidépresseur. Elle leur permet, dans cette période tourmentée de la post-adolescence, d’éviter l’expérience du vide, de la solitude, du manque. Elle aurait donc, d’après cet auteur, la même fonction que la drogue (Non à la société dépressive, Flammarion). Mais que serait, demandait le poète R. M. Rilke (Lettres à un jeune poète) « l’union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ? »

Ou bien ils sont impatients de vivre ensemble, veulent tout et tout de suite, mais ils ne connaissent rien de la vie. Ils ignorent que le mariage fait naître des problèmes qu’ils devront surmonter. Ces jeunes mariés infantiles s’appellent souvent « mon bébé ». Ils passent sans transition de leur peluche préférée à leur conjoint.

Comme ils n’ont pas pris le temps de bien se connaître, les traits de caractère de l’autre qui leur semblaient attirants peuvent devenir vite irritants. Ne sachant pas communiquer, leurs querelles sont de type enfantin : c’est celui qui crie le plus fort qui gagne. La plus anodine des disputes se termine par des bouderies sans fin.

Cela est dû au fait que leur vie affective n’est pas encore arrivée à maturité. S’ils ont vingt ou vingt-deux ans, ils sont en train d’opérer un premier remaniement affectif de leur personnalité adolescente. Mais un second remaniement affectif se produira vers vingt-six ou vingt-huit ans. Et donc ce qu’ils sont dans la vingtaine risque fort d’être tout à fait différent dans la trentaine.

Le jeune homme qui, à vingt ans, est fort, discret et fiable, deviendra peut-être un adulte replié sur lui-même, égoïste et taciturne. La jeune fille insouciante et enjouée se révélera à vingt-huit ans totalement irresponsable et incapable de gérer un budget.

Les sondages montrent que les unions entre deux jeunes qui se sont fréquentés moins d’un an se rompent davantage que celles où les fréquentations, ayant duré plus d’un an, leur ont permis de bien se connaître et d’être sûrs de leur choix.

Par ailleurs, le fait de s’être épousés jeunes crée le vide autour d’eux : leurs amis encore célibataires n’osent plus les inviter, craignant de les déranger. Les couples jeunes ayant peu de revenus découvrent que la vie quotidienne est coûteuse. Des disputes s’élèvent au sujet du budget, des dépenses inconsidérées. Le manque d’argent peut même les contraindre à loger chez les beaux-parents avec les tensions, les frustrations, le manque d’intimité et la culpabilité que cela entraîne.

Sur le plan sexuel, les couples jeunes ne sont souvent pas très confirmés dans leur identité féminine ou masculine. Angoissés par leur inexpérience, 25% environ d’entre eux rencontrent des difficultés dans ce domaine. Le problème essentiel est de parvenir à mettre en place une contraception efficace.

En effet une grossesse survenant chez des conjoints immatures perturbe sérieusement leur vie quotidienne. Financièrement, leurs revenus, déjà faibles, seront encore réduits si la jeune femme cesse de travailler. Sur le plan affectif, ce sont deux « grands enfants » qui vont devoir s’occuper d’un autre enfant. Le jeune père supporte parfois mal de voir sa compagne monopolisée par les soins au bébé.

En conclusion, si on se marie très jeune, on forme un premier foyer qui permet de poursuivre une maturation qui ne s’est pas encore faite. Ce premier couple permet de se séparer de ses parents ; c’est une sorte de crise d’adolescence retardée qui ne s’était pas produite. Les jeunes apprennent à renoncer à la sécurité et à la protection parentales et deviennent capables d’une relation plus mature. Ces « bébés-couples » qui se séparent mettent en réalité en acte une séparation psychique d’avec les images intériorisées de leurs parents. Il leur sera plus difficile encore de se lancer à nouveau dans une deuxième aventure conjugale.

De nombreux couples très jeunes parviennent cependant à rester ensemble, s’ils apprennent à communiquer, échanger, se connaître eux-mêmes, comprendre l’autre, etc. Chacun doit apprendre à être bien, à se sentir « complet », quand l’autre est là, mais « complet » aussi quand l’autre n’est pas là.